dans cette maison qui n’est pas la mienne

Cette année, j’ai eu l’immense plaisir d’être, pour la deuxième fois, membre du jury du Festival Miniature.
 Le thème proposé par Héléna était riche de possibilités… tellement riche que j’ai changé cent fois d’avis avant de me lancer (oui, j’exagère un peu).
 Jusqu’à comprendre que c’était en m’attaquant à quelque chose de très intime que j’allais y parvenir.

Ce que j’ai retenu dans Voyage mémorable, c’est cette notion de mémoire, de temps retrouvé.
Mon voyage mémorable, c’est la première fois que je suis venue dans cette maison du Cap Corse, invitée par une amie. Un voyage que j’appréhendais un peu, car chaque retour en Corse ravivait jusqu’alors le souvenir de ma mère disparue.
Et pourtant, dans cette maison qui n’est pas la mienne, j’ai pu me relier à mon histoire. 

Ici, j’ai renoué avec mes racines.

Ici, j’ai appris à chérir de nouveau l’île de mon enfance.
Il y a quelques années, l’aile nord de la maison a dû être démolie : elle menaçait de s’effondrer et d’entraîner la maison dans la mer.
 Ainsi disparaissait la chambre où j’ai dormi, celle où j’avais fini par laisser entrer mes fantômes.

C’est cette chambre qui est devenue le point de départ de ma miniature.
 Chaque lumière, chaque objet, chaque recoin retrouvé devient un espace où les souvenirs peuvent à nouveau se déposer.
Les éléments de la pièce ont été construits avec des matériaux simples : 
le lit et la chaise en métal sont réalisés en fil de fer peint,
 l’armoire d’angle et ses étagères en carton rigide,
 un tissu très fin suggère le linge, soigneusement plié.
J’ai également imaginé de petites boîtes miniatures, recouvertes de motifs Mini Labo, comme autant de fragments familiers glissés dans cet espace reconstruit.
 Les carreaux de ciment ont été reproduits fidèlement !
Une reproduction d’un tableau de Fra Angelico s’est invitée dans la pièce. Elle ne faisait pas réellement partie de cette maison, mais elle appartient à la mienne, elle est accrochée dans ma chambre parisienne, héritée de ma grand-mère corse. Elle s’est imposée ici, comme un lien entre les lieux et les générations.

En regard de la chambre, j’ai recomposé le paysage qui entoure la maison sous la forme d’un leporello, réalisé en cyanotype et en gravure.
 Ses plis évoquent à la fois les replis du temps et de la mémoire, mais aussi le relief accidenté du Cap Corse.

J’y ai glissé un tiroir secret, un espace caché où ranger les souvenirs au fur et à mesure qu’ils me reviennent.
Ce leporello ouvre aussi, pour moi, une nouvelle voie. J’ai eu beaucoup de plaisir à explorer ces techniques de gravure et de cyanotype, que j’espère continuer à développer et vous montrer prochainement.
La chambre disparue renaît, et avec elle la mémoire des étés d’enfance : la chaleur, le vent, le ressac.
Un lieu fragile, mais vivant,
 où le passé et le présent continuent de se rencontrer.

Caroline

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